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Croyance

Les Mahou face aux religions

L’animisme

La pratique animiste est la première forme de religion des Mahou. Cette pratique est étroitement liée à l’adoration des mânes des ancêtres. L’animisme est en vogue dans toutes les contrées du pays mahou. La polarité de l’existence, c’est-à-dire la naissance et la mort, donne lieu à des rites religieux relevant de l’animisme. En d’autres termes, dès sa naissance, le nouveau-né Mahou est confié aux divinités de sa famille ou de sa tribu.

Chasseurs traditionnels lors d’une fête nationale.
Foto: Tor Ove Haga.

Il est placé sous leur protection et leur emprise de sorte que devenu grand, l’enfant reste redevable à ces dieux. Il les adore et règle sa vie à leur volonté Dans sa vie adulte comme dans sa vieillesse, il utilise les atouts de cette religion pour se forger une personnalité. Ainsi, les divinités bénissent, protégent, rendent fécond, favorisent l’arrivée des pluies rendant les récoltes bonnes; les dieux ou les masques exorcisent les sorts, endiguent les maladies, rendent invulnérable, chanceux et beaucoup d’autres fonctions de ce genre. Ils punissent aussi.

C’est dans un environnement pareil fait d’interdits, d’incertitudes mais aussi de sécurité et d’espoir que le Mahou est généralement élevé et éduqué. L’adoration des divinités demande soit le sacrifice d’animaux ou l’offrande de produit (s) de champ. La mort est aussi une occasion d’adoration des divinités pour préserver la société de toute conséquence liée à cette mort, mais aussi pour demander la miséricorde de Dieu en faveur du défunt ou faciliter son accès à l’au-delà (dans le cas des chasseurs renommés).

Les chefs de culte du panthéon (l’ensemble des dieux) sont craints et respectés. Leurs dires sont incontestables, car ils maintiennent la force spirituelle de la société, force qui supplante les êtres et le visible. Cette force constitue l’essence même des éléments constitutifs de la société. Pour ces raisons, les chefs de culte sont et demeurent encore très influents quant aux prises de décision dans les milieux conservateurs.

L’animisme apparaît ainsi comme un ciment consolidant la cohésion au sein de la société. Elle est un puissant moyen d’organisation sociale. En revanche, il est admis que la modernité et l’intrusion des religions universalistes ont fortement entamé l’organisation sociale et politique des Mahou.

Echassier : curiosité touristique! Foto: Tor Ove Haga.

L’islam

Ce peuple traditionnellement animiste a aujourd’hui une forte coloration musulmane. Environ 3 % seulement sont officiellement animistes.

Cette situation s’inscrit dans le cadre lointain de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest. En effet la conquête de l’Afrique du Nord par les Arabes musulmans une fois achevée en 708, cette partie du continent allait désormais servir de foyer d’animation islamique et un relais puissant en vue de la soumission des « cafres » du Sud. Des empires Ouest africains : Gana (400-1078), Mali et Songhoï (XIII eme – XVII) allaient subir les effets de l’expansion islamiste marocaine menée par les Almoravides et plus tard par les différents Pacha dont le tristement célèbre Djouder. Le principe violent de l’expansion appelé Djihad ou guerre juste/sainte, imposait la religion aux empereurs et à leurs populations. Cette forme de prosélytisme allait faire tache d’huile de sorte que des leaders charismatiques africains comme Hadjomar Tall et Samory Touré n’ont pas hésité à faire le pèlerinage et/ou se proclamer Almami vers la mi XIX eme siècle pour se lancer dans une guerre sans merci contre les animistes d’une part et les colons français d’autre part.

Prière collective le jour de Ramadan à Ouaninou. Foto: Tor Ove Haga.

A noter que l’expansion rapide de l’islam en Afrique de l’Ouest a été aussi le fait de l’activité du commerce à moyenne et longue distance des Malinké, peuple très mobile et conquérant. Ce peuple ouvert et solidaire est disposé à absorber tous les individus acceptant sa culture. Aujourd’hui encore en Côte d’Ivoire, le commerce qui a prêté son nom aux Dioula, demeure l’activité des musulmans.

Ce contexte global d’islamisation n’est pas différent de celui des Mahou, eux qui partageaient en son temps la même région que les autres populations mandingues, plus particulièrement les Maninka-Mori. Ils ont dû adopter l’islam de gré ou de force. Certains membres de la tribu mahou (Bakayoko, Fadiga, Chérif, Touré) allaient constituer le porte-flambeau de cette religion. Ils allaient la répandre dans les moindres confins du pays mahou à travers des prêches quelque peu enflammés et la conception qui fait des Arabes les neveux lointains des Africains. Et dans un contexte paternaliste tel que chez les Mahou où les parents et les vieilles personnes sont très respectés, la religion se pratique quelques fois sans conviction, mais plutôt par crainte et pour le plaisir de ceux-ci.

La belle mosquée du village de Sérifina. Foto: Tor Ove Haga.

De sorte qu’il n’est pas surprenant que la descendance perpétue l’islam et le désigne désormais comme celui de leurs ancêtres. Et il est inconcevable devant le Mahou ordinaire, non intellectuel de détacher l’histoire des Mahou de celle de l’islam. Ainsi l’islam n’est plus seulement une religion, une foi; elle a intégré la culture, les moeurs et les coutumes ayant trait aux naissances et aux baptêmes, aux funérailles, bref; les événements de hautes portées sociale et culturelle se font sous le couvert de l’islam. Parmi les bénédictions et salutations d’usage qui suivent la naissance d’un enfant, il ne manque jamais la formule « que Dieu fasse du nouveau-né un musulman ». L’islam rythme la vie en pays mahou. Et ne pas la pratiquer, marginalise l’individu. Près de 96 % des Mahou confessent cette religion. C’est pourquoi tous les grands événements et fêtes musulmans (Carême, Tabaski, Ramadan, etc.) sont célébrés avec pompe. A ces occasions, les fiancées s’attendent inévitablement à des cadeaux. Les mères trouvent de nouveaux habits à leurs enfants et la joie se lit sur les visages et dans les familles. Les familles s’offrent mutuellement des plats et de la viande de fête. Les salutations de joyeux anniversaire festif ne manquent pas.

A noter cependant que l’islamisation des Mahou ne s’est pas faite en profondeur. C’est un peuple à cheval sur ses propres traditions et l’islam. Ceux qui connaissent le Coran ne sont pas nombreux et on assiste à un syncrétisme toléré entre l’islam et l’animisme. Toute chose qui place la religion chrétienne en mauvaise posture.

La joie des grands jours de fête. Foto: Tor Ove Haga.

Le christianisme

Les Arabisants ont donc pris de l’avance sur les Chrétiens dans la conquête de l’Afrique. Et mille ans, c’est-à-dire dix siècles après l’introduction de l’islam en Afrique, les Catholiques français, eux se signalaient enfin au XIX eme siècle aux portes du continent noir. Il a fallu plus d’un siècle et demi plus tard pour que la région mahou prenne connaissance avec les premiers Pères, d’où l’appellation du même nom des Chrétiens par les Mahou.

Les moeurs déjà suffisamment imprégnées des croyances de l’islam ne s’ouvriront guère facilement au christianisme marqué des préjugés de religion étrangère et de l’occupant. La progression lente de la nouvelle religion s’explique aussi par le manque de pragmatisme de ses prédicateurs et missionnaires, et surtout par le poids toujours pesant des us et coutumes. Un exemple banal mais correct fait remarquer qu’un Mahou même devenu chrétien ne change jamais de prénom comme c’est le cas ailleurs.

Cette religion boudée donc par les populations, récolte au compte-goutte. Ainsi ses pratiquants, toutes tendances confondues, sont estimés à moins de 1 % parmi les Mahou. La vie de ceux-ci rime avec persécution, pressions socioculturelles, reniements parentaux et difficultés du même ordre.
Les Mahou ont cependant le mérite d’être un peuple ouvert sur le monde. En Côte d’Ivoire, il revendique l’appellation de peuple sociable, pacifique et dynamique.

Splendide église luthérienne à Ouaninou. Foto: Tor Ove Haga.

Périple à visées géographique, historique, culturelle et socio-économique; ce long voyage en pays mahou permet ainsi d’avoir une idée nette ou tout au moins panoramique au sujet des Mahou. Ce peuple d’origine mandingue entretient jalousement sa région semi boisée en territoire éburnéenne. Original en sa langue, celle-ci pourra s’autonomiser encore plus et devenir une langue tout à fait à part d’ici cinq cent ans en considération de la thèse selon laquelle une langue n’en devient véritablement une qu’au bout de mille ans d’intervalle.

Les Mahou sont fiers de leur patrimoine culturel tout aussi riche que varié. L’organisation de la société obéit à une structuration bien ordonnée; les interdits culturels ne sont pas foulés au pied bien que l’islam soit adopté depuis des siècles. Peuple hospitalier et tolérant, travailleur et plein d’ambitions et de talents, connaître les Mahou et leur région enrichit le visiteur. A coup sûr!